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Artiste de l'ERBAM : OULHACI Mohamed
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Artiste plasticien
L'artiste
Oulhaci

Né le 1er mars 1943 à Ahfir, petit village marocain situé près de la frontière avec l'Algérie. Etudes aux beaux-arts d'Oran d’octobre 1964 à février 1966. Il travaille dans une imprimerie à Alger entre 1966 et 1975. Après un stage en Europe dans le domaine des arts graphiques, il revient à la peinture dès 1969. Lauréat du Grand Prix de peinture de la ville d'Alger en 1973, 1974 et 1997. Membre du Groupe des 35. Expositions personnelles en Algérie et à l'étranger: 1970 à la salle el Mouggar d’Alger ; 1972 à la galerie de l’UNAP, Alger ; 1980 à Oran ; 1986 au CCA de Paris ; 1988 au CCF d’Oran ; 1992 Fragments au CCF d’Oran ; 1993 au CCF d’Alger ; 1996 au musée Zabana d’Oran ; 1998 à Alger; 1998 à la mairie de Sarrebruck, Alemagne; 2000 à l’Espace Générique, Paris, puis au CCA de Paris; 2001 à la World Bank, Washington, puis au Centre Culturel Arabe de San Francisco, USA; 2002 au Palais de la Culture, Alger, puis à la Maison de la Culture de Mostaganem; en 2004 à la Citadelle  d’Alger avec la galerie Top Action. Plusieurs expositions collectives en Algérie et à l’étranger.
Principaux prix: 1973: Grand prix de peinture de la Ville d’Alger,
1974: Premier prix de peinture de la Ville d’Alger,
1997: Premier prix de peinture de la Ville d’Alger,
Œuvres au Musée National des Beaux-Arts d'Alger et au Musée d'Oran. Vit et travaille à Stidia, Mostaganem.

ENTRELACEMENT DE PERSONNAGES, féminins surtout, stylisées à base de lignes et d’aplats : telle était, pendant les années 1970, la peinture de Mohamed Oulhaci qui se rapprochait souvent de la symbolique du réalisme socialiste où l’être humain est tout en muscles, tout en énergie. Cette peinture acquiert une certaine sensibilité lorsque les femmes deviennent des nus, lorsque la palette de l’artiste aura plus de vibration et de richesse et que les formes se débarrasseront de la stylisation et de leur hiératisme pour gagner en expression et en dynamisme.
Les personnages, encore exécutés avec des traits de contours sévères, sont toujours enchevêtres, serrés les uns contre les autres, entassés. Les peintures des années 1980 sont déjà une traduction très personnelle de l’univers clos des femmes, tantôt avec une note pathétique tantôt avec une dose d’érotisme. C’est ce qui vaut à Oulhaci une certaine notoriété.
Les thèmes de la claustration, des interdits et des tabous qui, de facto, font de la femme un être inférieur évacuent tous les autres sujets qui, jusque-là, étaient secondaires dans la peinture de cet artiste sensible et généreux. Et ce ne sont pas les mythes et les slogans religieux et moraux qui nous feront oublier que cette claustration dans l’univers, aussi luxueux soit-il, où l’on enferme la femme, génère autant d’angoisses que de fantasmes.
Avec le regard exacerbé d’un sociologue, Oulhaci pénètre dans l’intimité de ces êtres qui nous apparaissent tantôt fragiles, tantôt sévères, voire excessivement durs mais qui continuent passivement à vivre dans leur solitude éthérée. Parfois c’est un immense sentiment de bien-être, de bonheur et de paix qui se dégage de ces scènes. Tantôt c’est une impression de mal vie qui domine. Ces sentiments contradictoires ponctuent toute l’œuvre de l’artiste que nous ne pouvons soupçonner d’ignorer ce dont il parle ou de partialité lorsque, devant ses œuvres, nous avons parfois l’impression que ces femmes se complaisent dans une situation qu’elles participent, elles aussi, à perpétuer.
L’univers dans lequel Oulhaci nous décrit parfois ces personnages est plein de douceur et de mélancolie, et une espèce de parfum qui rendent supportable leur existence. Ne sommes-nous pas aux frontières du stoïcisme et de la complaisance, pour ne pas dire du masochisme ? Là, c’est probablement une nature profonde que le peintre nous révèle. En tout cas, dans notre société où sévit une certaine morale, si le vice est en l’homme, la femme doit aussi avoir ses côtés ombre et lumière.
Apurées à l’extrême mais pleines de subtilités, les œuvres réalisées à partir de 1995-96 révèlent les capacités de changement dans le sujet et la technique de ce peintre que l’on croyait prisonnier d’un sujet et d’un style. Sans se départir de son sujet fondamental, Oulhaci s’exprime maintenant avec une simplicité et une poésie pleine de force et de maturité. Sensible désormais au côté délectation et sensualité de l’œuvre, il peint aussi pour le plaisir des yeux, pour le plaisir des belles rencontres de couleurs.
Une posture, un vague profil, une tête détournée ou qui penche de côté… De simples silhouettes floues dans les roses ou les blancs suffisent maintenant pour dire un peu d’érotisme, beaucoup de tendresse et parfois un peu du drame de ces femmes. Oulhaci veut saisir ce quelque chose d’insaisissable qui se dégage d’un être humain et qui s’appelle l’âme. Pour cela il n’a plus besoin de décrire les visages et les muscles mais seulement un geste, un mouvement. Une simple attitude, un geste peuvent parfois exprimer beaucoup plus qu’un portrait.
Le peintre joue sur les subtilités et le mystère. Il saisit ces femmes à l’improviste, en captant des moments qu’elles ne lui ont pas offerts et pour lesquels elles n’ont pas posé. Ces images renvoient à des moments communs, des attitudes et des gestes communs, mais elles restituent un état d’âme, une émotion et un sentiment profonds. Saisies dans des moments anodins, ces femmes sont pourtant très expressives et donnent une l’impression de flotter dans quelque chose d’irréel, dans un environnement sur lequel elles n’ont pas d’emprise et où elles ne sont que de passage, comme des étrangères. Ces femmes sont pourtant des Algériennes et, pour la plupart, semblent emmitouflées dans leur haïk, en train de marcher en donnant le dos à l’artiste ou lui montrant le visage. L’une d’elles semble porter un couffin, l’autre de se regarder dans un miroir, l’autre encore de musarder ou de patienter à un arrêt de bus ou devant l’une de ces administrations dont la bureaucratie inhibe force...
Certaines de ces femmes sont comme plongées dans un brouillard ou une espèce de vent de sable qui a tout balayé sur son passage. Anonymes, elles baignent dans un environnement flou et vaporeux, évanescent. Autour d’elles, il n’y a rien de palpable. Même l’air ne semble pas avoir de consistance. Oulhaci ne nous dit pas si ces femmes sont joyeuses ou tristes. Il nous laisse interpréter librement ce qui anime et ce qui se cache derrière ces formes évanescentes. Comme cette peinture, les femmes de Oulhaci semblent insaisissables, fantomatiques, irréalistes alors qu’on sait qu’elles existent, qu’elles sont là, qu’elles veulent s’effacer et se faire oublier comme le peintre lui-même cherche à le faire.
Oulhaci ne cherche même pas à nous émouvoir ; il donne à voir les moments simples de la vie dont chacun peut établir le constat qu’il veut : il n’impose ni son jugement et son point de vue. Ne voulant être ni sociologue ni psychologue, il cherche seulement à faire partager les images qui le hantent. Il ne nous dit même pas s’il est solidaire de ces femmes anonymes et on ne sait s’il fait ou pas allusion à leur élégance. Ces femmes qui, parce qu’elles sont anonymes, se fondent comme une reflet sur le fil de l’eau. Elles semblent fondre comme glace au soleil… L’on sent pourtant comme une grande balafre d’ennui dans ces impressions qui ne cherchent ni à convaincre ni à plaire, ni à séduire ni à émouvoir mais seulement à exister comme une trace que nul n’a cependant le droit d’effacer. Et qui ne peut s’effacer car elle s’impressionne dans la rétine, jusqu’au fond du cerveau, avec ce quelque chose de lourd et de sévère qu’elle porte en elle.
Ali EL HADJ TAHAR

 

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